Un Everest qui fait plouf

Il est des projets qui, d’emblée, se posent en Everest à gravir, pour la difficulté qu’ils représentent. Certes, par les conditions de pratique et d’entraînement qu’ils requièrent, mais aussi parce qu’ils opposent, comme la montagne, une structure multifaciale et de forme évolutive.

Aborder une réflexion sur l’identité de la Maison des Artistes, élaborer des réponses, relèvent de la pratique du grand écart, puisqu’il faut résoudre l’équation qui différencie la communication de l’œuvre, la neutralité fonctionnelle, de la complexité d’une réponse artistique, a fortiori contemporaine.

Artiste ou graphiste, pour ma part les deux sont bien distincts, et s’ils relèvent de la même option de départ, ils se sont bien éloignés, mais ils ne sont pas pour autant inconciliables !

Comment alors trouver le ton juste, la forme appropriée en regard de la multiplicité des affiliés, des pratiques artistiques, des supports et des médiums, des notoriétés disparates ? À l’évidence, il sera bien question, ici, de réunir ce qui est épars.

Quelle est l’attente ? En d’autres termes, quel est le non-dit du cahier des charges ? Quelles sont les contraintes inhérentes au déficit actuel d’identité visuelle ? Que cache, non plus l’image, mais bien l’absence d’image ? Et qu’est-ce qui porte à penser que je puis donner « une » réponse, ou plus secrètement « la » réponse adéquate ?

Après de multiples hésitations, j’ai décidé d’axer ma proposition, non pas sur la production d’un geste d’auteur qui cherche à réinventer la marque à lui seul, mais sur une réponse pragmatique à un enjeu social qui relève de la problématique de la relation avec les affiliés.

Le point de départ, ce sont les trois lettres du sigle MDA qui ont fait frémir plus d’un jeune artiste. Que faire de ces lettres un peu trop passe-partout à vrai dire, et qui ne produisent que trop souvent de la confusion, celle d’une identité duale et fluctuante ? Car MDA est un sigle incompris dans sa raison comme dans sa dimension social, et c’est pourquoi il convient avant tout de dissocier la Maison des Artistes de l’association homonyme. Je propose donc d’ajouter la mention « Sécurité sociale des artistes auteurs » pour bien spécifier la fonction de la MDA, et surtout pour mieux territorialiser la Maison des Artistes par rapport à l’association, la territorialiser dans son identité juridique propre bien sûr, mais aussi dans le traitement cadré, en cartouche, de l’apposition agissant en véritable épithète, au sens grammatical du terme, «MDA, Sécurité sociale des artistes auteurs », par laquelle la mention devient logotype. Le cartouche, à l’instar des cartouches dans les hiéroglyphes de l’Égypte ancienne, entoure le nom qui porte une importance particulière, en ce qu’il le délimite, le protège, le désigne et le sacralise. Ce d’autant plus qu’une zone de couleur surligne l’apocope «Sécu» pour l’expression « Sécurité sociale », initiant l’accroche par le vocable populaire, et donc immédiatement identifiable, de l’institution. Cette mention dit tout, elle réintroduit de la distinction, elle délimite un périmètre d’action, elle redonne de l’identité, mais pour autant elle ne fait pas encore identité visuelle, identité de marque immédiatement reconnaissable entre toutes.

Pour réussir ce passage du service à la marque, il convient, me semble-t-il, de s’éloigner du sigle MDA dans sa séquence linéaire, pour lui donner une autre existence, ontologique, propre, beaucoup plus présente et charnelle, d’en faire une figure, un ensemble articulé dans un symbole qui exalte la solennité des trois lettres. Autrement dit, de passer du sigle au monogramme, de l’initiale à la forme, de spatialiser les lettres pour leur donner une épaisseur et mieux, les inscrire dans l’espace social et dans la concrétude de ses rapports, en quelque sorte, les inscrire dans un usage social.

L’intérêt du monogramme, c’est qu’il introduit, en outre, une tension entre une forme traditionnelle, quasi héraldique, et un usage que je conçois comme résolument contemporain, ce qui explique que j’ai choisi de le composer à travers trois procédés qui sont largement pratiqués dans le champ des arts plastiques et graphiques de notre époque, en particulier dans une culture formelle qui relève d’une esthétique postmoderne :

•  Le procédé de superposition qui exprime la disparité même des adhérents de la MDA, en conservant toutefois une ligne directrice, à savoir la lisibilité du monogramme surligné d’un trait blanc qui agit comme un fil directeur, comme le ferait un néon sur une enseigne. 

• Le procédé d’articulation entre la typographie tridimensionnelle et la surface feuilletée, une surface en sédimentation, tectonique, où les plans mobiles glissent les uns sur les autres, une surface vivante comme une peau, une membrane qui respire, car la Maison des Artistes n’est pas seulement un service administratif, c’est une institution vivante qui s’inscrit dans le mouvement des pratiques de l’art contemporain, qui s’inscrit dans le mouvement professionnel et existentiel des artistes qui la composent.

• Le procédé d’oblitération, ainsi le jeu de surfaces recouvre et, en même temps laisse émerger le monogramme MDA qui interagit dans un contexte plastique dynamique, dans une dialectique telle que le monogramme, de forme oblitérant (telle une marque apposée par un tampon), surgit en une structure émergente (tels le motif textile émergeant d’une trame graphique, la figure surgissant par contraste du fond vernissé d’une céramique ou un visage surgissant à la lumière depuis le fond sombre d’un tableau en clair-obscur, ou encore le tracé régulateur d’une figure dans l’art médiéval qui revient toujours au devant de la surface apparente des choses, comme un signe prégnant, un palimpseste irréductible), attestant à la fois de la permanence et de la ductilité du sigle, de la souplesse et de l’adaptabilité d’une identité inscrite dans un univers en perpétuel mouvement, univers artistique bien sûr et, de manière inhérente, réalité socio-économique en déstabilisation continue.

C’est pour cette raison que ma proposition ne s’inscrit pas seulement dans une réponse contemporaine, mais qu’elle ménage des possibilités de modulation pour épouser ce qui pourrait être fort probablement l’art de demain, fait de mouvement total, de formes complexes (celles aussi de la biologie et de l’astrophysique), d’hybridation des référents, de fluidité et de dématérialisation des médiums. L’objectif que j’ambitionne ici est bien de dépasser la simple actualisation de l’identité visuelle de la Maison des Artistes (et de ce fait son inscription dans une mode graphique) pour viser sa pérennisation comme garantie d’une pertinence indémodable, ou du moins durable, inscrite dans une temporalité continue et non discontinue qui lui permette d’être identifiée, réinscrite dans le champ de compétence de l’institution, et appropriée par ses affiliés

Projet sans suite – car aucune des réponses à ce concours n’ont été mises en place – la MDA, maison des artistes, securité sociale, reste à ce jour,  sans identification visuelle sauf a se fondre dans l’URSSAF, les artistes restant des travailleurs comme les autres (ce qui n’est pas faux) ils continuent a se diluer dans la masse